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Guide de référence

Retrait rappel en crémerie, la procédure complète du revendeur

Un rappel publié sur RappelConso ne vous est pas adressé. Il part vers le grand public, et c’est à vous, revendeur, de savoir si le lot concerné est passé par votre chambre froide. Ce guide décrit la procédure complète, de la lecture de la fiche jusqu’au dossier que l’inspecteur de la DDPP demandera trois semaines plus tard, avec les pièces à produire à chaque étape et les erreurs qui transforment un incident fournisseur en avertissement.

  • Mis a jour le
  • 10 minutes de lecture
  • Jimenez Julien

Ce que l’article 19 impose au revendeur, pas seulement au producteur

Le règlement 178/2002 ne distingue pas le fabricant du commerçant de détail. Dès lors que vous revendez un produit qui ne répond plus aux prescriptions de sécurité, vous êtes exploitant du secteur alimentaire, et l’article 19 vous rend personnellement responsable de trois gestes : retirer le lot de la vente, informer les consommateurs qui l’ont déjà emporté, et prévenir l’autorité compétente, c’est-à-dire la direction départementale de la protection des populations. Aucun de ces gestes n’attend l’accord de votre affineur.

La quatrième obligation ne figure pas dans la même phrase, mais c’est celle qui coûte cher en contrôle : conserver la preuve. Une affichette posée sans date, un retrait effectué sans peser ce qui a été détruit, une cliente prévenue par téléphone sans que l’appel soit consigné, tout cela est du travail bien fait qui ne se démontre pas. L’inspecteur ne vous reproche presque jamais d’avoir reçu un lot contaminé. Il vous reproche de ne pas pouvoir dire ce que vous en avez fait.

Les quatre gestes, dans l’ordre

  • Retirer le lot de la vente et l’isoler physiquement, étiqueté, hors de la vitrine
  • Afficher l’affichette de rappel au format attendu et la laisser un mois
  • Informer les clients identifiables, appel, message ou courriel, en consignant chaque contact
  • Notifier par écrit la DDPP de votre département, avec le détail du lot et vos références d’établissement
  • Consigner l’heure de chaque action et conserver les pièces trois ans

Pourquoi l’information arrive par une cliente et pas par votre affineur

Dans la chaîne, la fiche de rappel part du producteur ou de l’affineur vers l’autorité, puis vers le public. Rien n’oblige votre fournisseur à décrocher son téléphone pour appeler chacun de ses quarante revendeurs le même matin, et les petits ateliers n’en ont matériellement pas les moyens. L’information descend donc par le canal public : le flux des rappels, la presse locale, un groupe professionnel. Vous l’apprenez d’une cliente qui a écouté le journal du soir, avec un jour ou deux de retard sur la publication.

Ce décalage n’est pas une négligence de votre part, mais il se paie en vitrine. Un lot de croûte lavée s’écoule en une dizaine de jours, et trente heures de retard, ce sont plusieurs kilos partis chez des clients qu’il faudra rappeler un par un. La veille filtrée règle ce point précis : le flux ouvert est relu en continu, chaque fiche est confrontée à vos fournisseurs, à vos marques et à vos familles de produits, et le message part sur votre téléphone, y compris un samedi à neuf heures.

Les dix premières minutes, isoler avant même d’être certain

Quand l’alerte arrive, la tentation est de vérifier d’abord et d’agir ensuite. C’est l’inverse qu’il faut faire. Sortez de la vente tout ce qui ressemble au produit rappelé, même sans certitude sur le numéro de lot : la meule entamée, les portions préemballées, les restes de coupe destinés au plateau du midi. Posez le tout sur une desserte identifiée, avec une étiquette manuscrite portant la date et l’heure. Le doute se lève en vingt minutes, une vente ne se rattrape pas.

Notez ensuite l’heure exacte à laquelle vous avez pris connaissance de l’information, et par quel canal. Cette ligne est la première du dossier, et c’est celle que l’inspecteur lit avant les autres, parce qu’elle fixe le point de départ de votre délai de réaction. Un retrait fait deux heures après la publication de la fiche et un retrait fait deux heures après l’appel d’une cliente ne racontent pas la même histoire. Avec une alerte horodatée reçue par SMS, cette ligne s’écrit toute seule.

Rapprocher la fiche publiée et vos bons de livraison

Une fiche de rappel porte toujours les mêmes champs utiles : la dénomination, la marque, le conditionnement, les numéros de lot, les dates limites et la période de commercialisation. Votre travail consiste à confronter ces champs à vos réceptions réelles. C’est là que le classeur papier cède, parce qu’un même lot s’écrit rarement deux fois de la même manière : le bon de livraison de l’affineur, l’étiquette du colis et votre cahier de réception portent trois graphies différentes du même numéro.

La méthode qui tient consiste à partir du fournisseur, jamais du produit. Vous listez les livraisons de cet atelier sur la période de fabrication annoncée, puis vous descendez au numéro de lot. Un registre où chaque réception est enregistrée avec la photographie du bon d’origine ramène la recherche à quelques secondes, et surtout, il laisse une trace de la recherche elle-même, y compris quand la conclusion est que le lot ne vous a jamais été livré.

Les six champs à confronter, dans cet ordre

  • L’atelier expéditeur ou le grossiste, avant même le nom du produit
  • La dénomination exacte et la marque figurant sur la fiche
  • Le conditionnement, meule entière, portion préemballée ou colis de coupe
  • Le ou les numéros de lot, variantes d’écriture comprises
  • La date limite de consommation imprimée sur l’étiquette du colis
  • La période de commercialisation, pour savoir ce qui est déjà parti

Trois réponses possibles, une seule déclenche l’affichette

Le rapprochement se termine par un état, et il n’y en a que trois. Lot non reçu : vous n’avez jamais eu cette référence de cet atelier sur la période, vous ne retirez rien et vous notez la vérification. Lot reçu et encore en stock : vous isolez, vous pesez, vous détruisez ou vous appliquez la consigne du fournisseur, vous affichez. Lot reçu et déjà écoulé : vous affichez également, et vous entrez dans la partie la plus longue, l’information des clients qui l’ont emporté.

Le premier état, celui où vous ne faites rien, mérite autant de trace que les deux autres. C’est le cas le plus fréquent, et personne ne le consigne. Quand un inspecteur revient sur un rappel médiatisé et vous demande si vous étiez concerné, répondre non de mémoire ne vaut rien. Sortir la ligne datée qui montre que la question a été posée et tranchée le jour même vaut beaucoup. Un registre qui ne consigne que les incidents ne prouve pas votre vigilance.

L’affichette de rappel, un mois à hauteur de regard

L’affichage est la partie visible de la procédure, et celle que les services de contrôle constatent le plus facilement, puisqu’il leur suffit de passer devant la boutique. L’affichette reprend l’identification du produit, la marque, les références et numéros de lot, les dates limites, le motif du rappel et la conduite à tenir par le consommateur, avec un point de contact. Elle reste visible un mois, à un endroit où un client qui entre la voit sans la chercher, pas scotchée derrière la caisse.

Deux détails font la différence en contrôle. Le premier, la date de pose, écrite sur l’affichette ou consignée dans le registre. Le second, la date de dépose, qui prouve que le mois a bien été tenu. Générer l’affichette à partir de la fiche officielle évite au passage l’erreur classique de recopie, un chiffre de lot inversé qui rend l’affichage inexploitable pour le client venu vérifier l’étiquette du fromage resté dans son réfrigérateur.

Notifier la DDPP et rappeler les clients nominatifs

La notification à l’autorité compétente se fait par écrit, auprès de la direction départementale de la protection des populations dont dépend votre établissement. Le courrier tient en une page : vos références d’établissement, le produit et le lot concernés, la quantité reçue, la quantité retirée, la quantité déjà vendue, la date et l’heure du retrait, les mesures d’information mises en place. Ce n’est pas une dénonciation de votre fournisseur, c’est la preuve que le maillon détail a fait son travail.

Reste le plus laborieux, la liste des clients à rappeler. Commandes nominatives, ventes au compte, livraisons aux restaurateurs et aux tables du quartier, tout ce qui porte un nom doit être repris sur la période de commercialisation du lot. Chaque appel passé, chaque message envoyé se coche et se date. C’est cette liste cochée qui démontre l’information des consommateurs, et c’est presque toujours elle qui manque dans les dossiers que les inspecteurs jugent incomplets.

Le registre qui rend votre chronologie opposable

La réglementation n’impose aucun support, ni cahier, ni logiciel. Elle impose de présenter les informations de traçabilité un pas en amont et un pas en aval, et de démontrer les mesures prises. La différence entre deux supports se joue donc sur un seul point, la crédibilité de la date. Un tableau que l’on peut rouvrir et corriger la veille d’une visite ne démontre rien. Une ligne horodatée, scellée par une empreinte qui rend toute retouche détectable, avec la photographie du bon d’origine attachée, démontre.

Ce registre doit rester accessible trois ans, durée de conservation attendue pour les documents de traçabilité, et sortir en PDF sans manipulation. C’est la forme dans laquelle l’inspecteur veut le lire : une chronologie datée, suivie des pièces justificatives, imprimable sur place. Chez Retralot, cette sortie est le dossier de retrait, et il reste exportable même après la fin d’un abonnement, parce que l’obligation de conservation pèse sur vous et non sur votre prestataire.

L’exercice à blanc, la pièce qui change le ton d’une inspection

Un plan de maîtrise sanitaire contient presque toujours un volet retrait rappel, et c’est presque toujours celui que personne ne relit, parce qu’il ne sert que le jour où il sert. L’exercice de retrait à blanc consiste à prendre un lot au hasard dans vos réceptions récentes, à dérouler la procédure comme si la fiche venait de tomber, et à chronométrer. Vous découvrez en une heure ce qui bloque : un responsable désigné qui a quitté la maison, un contact de DDPP obsolète, une balance sans papier.

Le compte rendu daté et signé de cet exercice, classé dans le registre, vaut mieux qu’un long discours devant l’inspecteur. Il montre une maison qui s’entraîne, pas une maison qui improvise. Notez le nom de la personne qui a mené l’exercice, le lot utilisé et le temps mis pour sortir le dossier complet, ce sont les trois questions qui viennent ensuite. Une fois par an suffit, et le meilleur moment reste le creux de janvier, loin des fêtes, quand la boutique tourne au ralenti et que l’équipe peut consacrer une heure à un scénario qui n’a rien d’hypothétique.

Les neuf enquetes du magazine

Comparatifs

Questions frequentes

Dois-je retirer un lot si la fiche ne cite pas exactement mon numéro de lot ?
Oui, tant que le doute n’est pas levé. Si la dénomination, la marque et le conditionnement correspondent et que vos réceptions tombent dans la période de fabrication annoncée, sortez la marchandise de la vente le temps de vérifier. Un retrait annulé une heure plus tard coûte une vitrine incomplète. Une vente maintenue sur un lot rappelé coûte infiniment plus, et se voit dans le registre.
Combien de temps ai-je pour retirer le produit de la vente ?
Les textes n’expriment pas de durée chiffrée, ils exigent que le retrait soit engagé sans délai dès que vous savez. En pratique, un retrait effectué dans les deux heures suivant la prise de connaissance et une notification partie le jour même ne sont jamais contestés. Ce qui compte autant que le délai, c’est l’heure de départ que vous êtes capable de démontrer.
La meule a été recoupée et l’étiquette de lot jetée, que faire ?
Vous remontez au bon de livraison de la réception concernée, qui porte normalement le lot et la date limite. Si le bon ne les porte pas, vous retirez tout ce qui provient de cet atelier sur la période, et vous l’écrivez ainsi dans le dossier. La leçon à en tirer est de photographier l’étiquette du colis à la réception, avant qu’elle parte au carton.
Mon fournisseur me dit qu’il gère le rappel, dois-je quand même afficher ?
Oui. L’affichage en magasin et l’information de vos propres clients ne se délèguent pas : ils pèsent sur l’exploitant qui a mis le produit à la vente, donc sur vous. Votre affineur gère son côté, la notification de son établissement et le retrait chez ses autres revendeurs. Cela ne remplace ni votre affichette, ni votre courrier à la DDPP, ni votre registre.
Faut-il notifier la DDPP même si je n’ai jamais reçu le lot ?
Non. S’il n’y a rien à retirer et personne à informer, il n’y a rien à notifier. En revanche, écrivez la vérification dans le registre : fiche examinée, fournisseur, période contrôlée, conclusion, heure. C’est cette ligne qui vous servira si un inspecteur revient sur un rappel très médiatisé et vous demande, trois semaines après, comment vous avez su que vous n’étiez pas concerné.

Tout ce qu’il faut savoir avant que le prochain lot soit rappelé

Rien ici ne remplace une démonstration sur vos propres fournisseurs. Envoyez-nous la liste de vos affineurs et de vos salaisonniers, nous rejouons devant vous les rappels des douze derniers mois qui vous auraient concerné, et vous voyez le dossier de retrait sortir en trois clics.