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Retrait, rappel, information de la DDPP: ce que l article 19 impose
Beaucoup de commercants pensent que le rappel est l affaire du fournisseur, que l affichette est facultative et que la DDPP se manifestera d elle meme. Le reglement europeen dit autre chose, et il vise nommement le distributeur. Voici la lecture exacte de l article 19, obligation par obligation.
Pour un commerce de bouche qui revend des lots de producteurs, d’affineurs et de salaisonniers, l’article 19 du règlement (CE) n° 178/2002 fixe des obligations précises en cas de denrée présentant un risque. Le texte vise l’exploitant du secteur alimentaire, y compris le distributeur au détail. Il distingue trois volets: retirer, rappeler, informer l’autorité compétente.
Ce qui se joue dans les premières heures: identifier le numéro de lot, confirmer la DLC, retirer immédiatement le lot des vitrines et informer sans délai l’administration. L’affichage au format attendu et la tenue d’un registre scellé et horodaté feront la différence au contrôle. Voici, point par point, ce que le texte impose au distributeur.
Qui est exploitant du secteur alimentaire, et donc concerné
Le commerce de détail est un maillon à part entière
L’article 19 du règlement (CE) n° 178/2002 s’applique à tout exploitant du secteur alimentaire, au sens du droit européen. Le détaillant qui ne fait que revendre est donc concerné au même titre que le fabricant. Vous êtes responsable de ce qui entre, de ce qui sort et de ce qui reste en stock, selon la logique de traçabilité un pas en avant un pas en arrière exigée par le paquet hygiène et le règlement (CE) n° 852/2004 relatif à l’hygiène des denrées alimentaires.
Concrètement, dès qu’un rappel Listeria ou E. coli vise une marque ou une dénomination que vous commercialisez, vous devez être en mesure de vérifier si vous avez reçu le lot concerné, puis d’agir selon les trois obligations de l’article 19. Le fait que le rappel ait été initié par le producteur ne retire rien à vos propres devoirs de distributeur.
Ce que change la coupe et le reconditionnement
Dès que vous découpez, reconditionnez ou réétiquetez en boutique, vos obligations s’étendent. Vous devenez l’exploitant responsable de l’identification du produit reconditionné, de l’étiquetage des lots et de la conservation des preuves. Un fromage au lait cru recoupé en portions doit rester traçable au lot d’origine, avec un renvoi clair au numéro de lot et à la DLC source sur vos enregistrements.
Le règlement (CE) n° 852/2004 vous impose de documenter ces opérations dans votre plan de maîtrise sanitaire. En cas de rappel, vous devrez reconstituer la correspondance entre le lot du fournisseur et les portions revendues, puis étendre le retrait rappel à toutes les unités concernées. Sans registre scellé et horodaté des réceptions et des sorties, cette reconstitution devient aléatoire et coûteuse au contrôle.
Les trois obligations distinctes de l’article 19
Retirer du marché
Le retrait vise les produits encore sous votre contrôle: en réserve, en vitrine, dans un point de vente relié, ou en préparation de commande. Il consiste à écarter immédiatement du circuit toute unité potentiellement non conforme. L’article 19 impose d’agir dès que vous considérez, ou avez des raisons de penser, qu’une denrée n’est pas sûre. Le retrait ne se limite pas au point de vente principal si vous avez plusieurs boutiques.
Rappeler auprès du consommateur
Le rappel concerne les produits déjà vendus. Il suppose d’informer les clients, d’indiquer la conduite à tenir et, le cas échéant, d’organiser le retour ou la destruction. L’avis doit permettre d’identifier sans ambiguïté marque, produit, conditionnement et numéro de lot. L’affichette de rappel est affichée en magasin pendant la durée requise et l’information est relayée par vos canaux habituels.
Informer l’autorité compétente
L’information de l’autorité est due sans délai, par écrit, à la direction départementale en charge de la protection des populations de votre département d’implantation, même si le rappel est déjà publié à l’échelle nationale via l’espace professionnel RappelConso Pro de la DGCCRF. Cette obligation ne se confond ni avec le retrait ni avec le rappel, elle s’y ajoute. Les trois peuvent se déclencher simultanément.
| Obligation | Objet | Quand | Preuves attendues |
|---|---|---|---|
| Retrait | Produits encore sous votre contrôle | Dès suspicion fondée | Horodatage de mise à l’écart, quantités retirées |
| Rappel | Produits déjà vendus | Sans délai après confirmation | Avis de rappel affiché, clients informés |
| Information de l’autorité | DDPP du département | Sans délai, par écrit | Courrier, pièces jointes, suivi des mesures |
Le texte n’établit aucune hiérarchie entre ces volets: l’un ne dispense jamais des autres. C’est un point de contrôle classique.
Ce que le texte n’impose pas, contrairement à la croyance
Attendre l’accord de la DDPP avant de retirer
L’article 19 ne prévoit pas d’attendre une instruction écrite de l’administration pour retirer un produit. La logique est inverse: l’exploitant agit sans délai pour protéger le consommateur, puis il informe. Attendre immobilise un lot potentiellement dangereux en rayon. Vous pouvez, et devez, retirer dès que la marque, la dénomination et surtout le numéro de lot concordent avec un risque plausiblement avéré.
En pratique, une veille régulière sur RappelConso et une vérification rapide des bons de livraison vous évitent des heures perdues. La référence au règlement européen, consultable sur le site de référence du droit français, peut être relue sur le site Legifrance pour vérifier les termes exacts de l’obligation d’agir sans délai.
Se contenter de suivre les consignes du fournisseur
Le fournisseur initie souvent le rappel, mais cela ne transfère pas votre obligation d’information des clients que vous avez servis. Le distributeur doit afficher l’avis en magasin, tenir à disposition la preuve des retraits effectués et notifier sa DDPP. S’en remettre au seul message du producteur, sans trace locale, revient à laisser un blanc dans votre plan de maîtrise sanitaire.
La publication d’un rappel par le fabricant ne dispense pas de conserver la preuve de ce qui a été fait dans vos murs: date et heure de retrait, quantité retirée, affichage, notifications envoyées. C’est sur ces éléments que se construira la preuve de conformité lors du contrôle a posteriori.
L’affichage en magasin et l’information du consommateur
Le contenu attendu d’un avis de rappel
L’avis diffusé au consommateur doit permettre d’identifier précisément le produit et d’indiquer la conduite à tenir. À minima, on attend les éléments suivants:
- Marque, dénomination de vente, éventuelle variété ou affinage.
- Numéro de lot et DLC ou DDM concernées, formats et conditionnements.
- Motif du rappel, par exemple suspicion de Listeria monocytogenes ou E. coli.
- Conduite à tenir: ne pas consommer, rapporter en magasin ou détruire.
- Coordonnées permettant de joindre l’entreprise et, le cas échéant, modalités de remboursement.
Le format d’avis diffusé via la plateforme RappelConso, accessible depuis le portail du ministère de l’Économie, sert de référence opérationnelle. Pour s’aligner sur les pratiques de la DGCCRF, privilégiez un avis conforme au gabarit RappelConso plutôt qu’une mise en forme maison. Vous trouverez des repères utiles depuis le portail économie.gouv.fr.
La durée et l’emplacement de l’affichage
L’affichette de rappel est affichée en magasin pendant un mois, à hauteur de regard, sur un emplacement où tout client passe: entrée, zone de caisse ou proximité des rayons concernés. Si vous vendez en ligne, l’avis doit aussi être accessible sur votre site. Le message doit rester lisible pendant toute la durée d’affichage, sans être recouvert par d’autres communications.
Gardez une copie datée de l’affichette telle qu’elle a été affichée, et faites figurer la période d’exposition au registre. En cas de contrôle, c’est cet ensemble cohérent qui atteste que l’information du consommateur a bien été assurée, du contenu à l’emplacement, pendant la durée requise.
Notifier la DDPP: qui, quand, avec quoi
Le service compétent dans votre département
Pour un commerce de bouche, l’autorité compétente à informer est la direction départementale en charge de la protection des populations du département d’implantation. Cette notification intervient sans délai, par écrit, dès que vous considérez qu’une denrée n’est pas sûre, conformément à l’article 19 du règlement (CE) n° 178/2002. Le fait que le rappel ait été publié à l’échelle nationale n’exonère pas cette information locale.
Adressez un message clair et exploitable. Indiquez l’objet, la référence du rappel, la marque et le lot, et joignez les pièces utiles. La réponse peut varier selon les départements, mais votre diligence et la qualité des informations transmises évitent les relances et accélèrent la clôture du dossier.
Les pièces jointes qui évitent une relance
Un dossier complet est factuel, daté et chiffré. Prévoyez notamment:
- La référence officielle du rappel et, si disponible, le lien public RappelConso.
- La quantité reçue, avec copie du ou des bons de livraison, numéro de lot et DLC.
- La quantité retirée, la date et l’heure de retrait, et le sort des produits écartés.
- La quantité déjà vendue et la période de vente.
- L’avis de rappel affiché et les canaux d’information utilisés auprès des clients.
- Les mesures correctives internes prévues dans votre plan de maîtrise sanitaire.
Conservez l’accusé de réception ou la réponse de la DDPP avec votre registre. Ce fil documentaire prouve que l’obligation d’information de l’autorité compétente a été respectée, distinctement du retrait et du rappel.
Ce qui reste après le rappel: la preuve
Une fois la vitrine réapprovisionnée, c’est la tenue des pièces qui fera foi. Les contrôleurs examinent ce qui reste, souvent plusieurs semaines après les faits: le registre scellé et horodaté, les bons de livraison, les avis affichés, les courriers et la chronologie des actions. Sans ces éléments, un incident fournisseur se transforme facilement en manquement du distributeur.
Conservez au moins pendant trois ans: la fiche de rappel, les bons de livraison correspondants avec numéros de lot et DLC, la chronologie horodatée de chaque action, la copie de l’affichette de rappel et les photographies d’affichage si vous en prenez, le courrier envoyé à l’autorité et sa réponse éventuelle. En cas de reconditionnement, ajoutez la correspondance entre le lot source et les unités revendues.
Pour reconstituer rapidement un lot rappelé à partir de documents existants, suivez le pas à pas de Rapprocher un rappel RappelConso de vos bons de livraison. Évitez les erreurs classiques listées dans sept erreurs de traçabilité à éviter au contrôle, et anticipez les attentes en relisant la liste des documents à présenter lors d’un contrôle DDPP.
En synthèse: agir vite, documenter, informer
L’article 19 du règlement (CE) n° 178/2002 impose trois obligations qui s’additionnent: retirer sans délai ce qui est sous votre contrôle, rappeler auprès des clients déjà servis, informer la DDPP du département. La conformité se juge sur pièces: registre scellé et horodaté, bons de livraison, avis affichés et courriers envoyés.
Pour gagner des heures, organiser l’affichage et sortir un dossier propre au contrôle, outillez la veille et la traçabilité amont et aval. Le suivi des rappels, de l’alerte à la preuve, fait partie du plan de maîtrise sanitaire. Pour passer de l’alerte à l’action sans ressaisir vos bons, consultez les formules Retralot pour le retrait rappel.
Voir la procedure sur vos propres lots
Declarez vos fournisseurs, vos marques et vos familles de produits, la veille du flux ouvert RappelConso demarre le jour meme. Nous rejouons devant vous un rappel reel, de l alerte recue au comptoir au dossier de retrait remis a l inspecteur.
Auteur de cet article
Jimenez Julien
Jimenez Julien passe ses matinees en cremerie, en charcuterie traiteur et en atelier de decoupe, a chronometrer ce qui se passe entre la publication d un rappel et le retrait effectif du lot de la vitrine. Il concoit et edite Retralot, le poste de veille RappelConso et le registre de lots des commerces de bouche.
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